Histoire de la culture du Houblon en France

LE HOUBLON FRANÇAIS, UNE HISTOIRE INTIMEMENT LIÉE A CELLE DU MARCHÉ BRASSICOLE MONDIAL

Du VIIIe au début du XXe siècle

La présence du houblon en France est très ancienne car au VIIIe siècle il était déjà évoqué dans des ordonnances royales de Pépin le Bref. La date de l’usage du houblon dans une boisson n’est pas clairement identifiée mais nous pouvons, cependant, affirmer qu’elle remonte au Moyen-âge. Peu à peu le houblon substitue alors les plantes aromatiques utilisées dans la cervoise. Avec le houblon, une nouvelle boisson est née : la bière.

Nous devons à une femme le premier ouvrage stipulant l’utilisation du houblon dans la bière. En effet, une religieuse allemande, du nom de HILDEGARDE DE BINGEN, met en avant les propriétés aromatiques et conservatrices du houblon au XIIe siècle.

La culture du houblon, au XVIe siècle, était particulièrement présente en Flandres. Cependant en Alsace, il faudra attendre le début du XIXe siècle, pour voir émerger la culture du  houblon. Même si les premières traces de plants de houblon remontent à la période 1770-1780 ; à cette époque, il ne s’agit pas de plantation de grande envergure mais simplement de quelques plants implantés et entretenus par un religieux : Charles Ehrenpfort à Oberhoffen sur Moder. De la même manière en 1797, une petite plantation de houblon voit le jour sur les bords de la rivière Zorn. Cette initiative est l’œuvre de M. de Weitersheim et A. Gendertheim.

Au début des années 1800, un brasseur allemand du nom de François Derendinger implante une houblonnière de 800 plants à Haguenau. M. Derendinger a ramené ces plants de ses voyages en Bohême et plus particulièrement en territoire de SAAZ (une région de République Tchèque de nos jours). Ces premiers plants sont considérés comme étant la souche initiale du houblon d’Alsace, le Strisselspalt. Cette culture est encore confidentielle au début des années 1800 à l’échelle du territoire français.

Le houblon en France début du XXe siècle

Au début du XXe siècle, la culture du houblon en France recouvre une surface de plus de 6 900 ha répartis dans plusieurs régions. L’Alsace représente à cette période plus de 58 % de la surface totale, suivie par le Nord, la Côte d’Or et la Lorraine.

Le marché français déjà déficitaire en 1916

Dès 1916, il est mentionné que l’offre de houblon français est insuffisante vis-à-vis de la demande des brasseurs et le constat est rapidement fait que la qualité du houblon doit être améliorée. En 1916, Jean Masson, écrit dans la thèse d’ingénieur qu’il présente à l’Institut d’Agriculture de Beauvais : « (…) Parmi les produits agricoles pour lesquels nous sommes tributaires de l’étranger, se trouve le houblon (…) avant les hostilités, la consommation de bière s’accroissait d’une façon étonnante tous les ans : et malheureusement nous faisions trop honneur au Munich et au Pilsen (…) », « (…) les industries du Nord et de l’Est de la France ont déjà fait de grands progrès depuis quelques années pour la fabrication de la bière. Quant au houblon qui est cultivé dans différentes régions de notre beau pays, tout est à faire (…). ». La brasserie française consomme en moyenne entre 75 à 85 000 qx, face à une production française qui tourne entre 20 et 50 000 qx. Monsieur Moreau, professeur à l’ENIA de DOUAI est contacté dès 1905 par le ministère de l’agriculture pour établir une étude comparative des différents sols des houblonnières françaises et étrangères. Il indique alors « Toutes les conditions de sol et de climat, se rencontrent sur de nombreux points du territoire français. Il y a donc lieu de penser comme conclusion que la culture du houblon pourrait se propager en France avec succès. ». La volonté de combler ce manque de houblon français est donc clairement affichée.

1914-1945 : une période marquée par les deux grandes guerres mondiales

La première guerre mondiale (1914-1918) marque le premier vrai coup d’arrêt pour la culture du houblon. La surface est divisée par deux. La période de l’entre-deux-guerres est marquée par deux périodes distinctes aux tendances contraires. En effet, de 1918 à 1929, les surfaces accordées à la culture croient et les prix augmentent (ceci peut s’expliquer par le fait que les productions allemandes sont, à cette époque, sévèrement touchées par le mildiou). L’âge d’or du houblon s’étendra de 1927 à 1929, les prix atteignent des valeurs jamais atteintes auparavant. Le houblon devient une culture très rentable. Par la suite, nous observons jusqu’à la seconde guerre mondiale, une diminution progressive des surfaces et une chute des prix sans précédent. Cette conjoncture s’explique par une surproduction mondiale ce qui fait plonger les cours du houblon. La seconde guerre mondiale (1939-1945) ne fait que renforcer ce phénomène de diminution des surfaces. Les allemands occupant notamment l’Alsace limitent à 500 ha la surface de houblon. Le houblon connaît ensuite un regain d’intérêt dans les années 1950-1960 (1200 Ha).

Fin des années 1980 à aujourd’hui

Les périodes de surproduction et la fluctuation des prix seront à l’origine d’une diminution progressive des surfaces. On ne compte plus en France que 685 ha dont 90 % en Alsace dans les années 1980. Au cours de la seconde partie du XXième siècle, la culture du houblon disparaît peu à peu dans les petites régions de production. En Alsace, malgré les fluctuations de marché toujours importantes, les planteurs alsaciens décrochent un gros contrat en 1970 avec le premier brasseur du monde (Anheuser Bush), ce qui permet de relancer la filière régionale ainsi que la variété emblématique : le Strisselspalt.

En 2008, la perte de ce client très important pour la filière alsacienne entraîne une chute des surfaces (500 Ha). Mais le plan de recherche est rapidement lancé pour nous amener à la situation actuelle. Depuis 2014, la surface de houblon cultivé en France évolue positivement. De plus, de nouveaux planteurs s’installent dans de nombreuses régions en France pour proposer un houblon local aux brasseries françaises. Le renouveau qui souffle sur la culture du houblon est donc de bon augure.